METAPHORES
Texte : Allain GLEIZE - Juin 2026
Art-Thérapeute
ART-THERAPIE METAPHORIQUE
LE FIL DU BOIS
Extrait de « Le processus artistique en art-thérapie » Théories, matières et art-thérapie
Mes diverses professions m’ont permis, à une époque, de pratiquer la sculpture sur bois. J’en retiens aujourd’hui une métaphore de l’acte de soin psychique. En effet, pour pénétrer la matière, la gouge doit emprunter uniquement le fil du bois, c’est-à-dire suivre des chemins prédéterminés par la croissance de l’arbre qu’il fut, son histoire de vie. Toute tentative de forcer un autre chemin mène à l’échec. Le talent consiste alors en une longue observation du réel de cette matière brute, une méditation, un rêve de la main laissant imaginer une image préexistante à la volonté de l’artiste. S’en suit un long travail de soumission au fil, une prise de risque constante qu’un seul geste vienne mettre à découvert une fente profonde, faille irrémédiable mettant toute l’œuvre en danger d’éclatement. Seul le spectateur attentif verra dans le genou de ce Christ en bois sculpté, le nœud du bois habilement utilisé. Lui seul verra dans les bras d’une charrette l’habilité du charron qui avait su choisir cet arbre que la vie avait courbé. Suivre le fil du bois, ne pas le couper, l’utiliser, le magnifier…
ART-THERAPIE METAPHORIQUE
L’EVENTAIL
Extrait de la conférence sur l’art-thérapie
pour le colloque d’ART-THERAPIE PLURIELLE
Mars 2014
Alain GLEIZE
Président de l’IRFAT
L’identité serait certainement un concept qui s’emble s’ouvrir sur l’infinie multitude, comme un éventail. Je garderai cette image car elle définit bien la richesse, la mobilité et la complexité d’une identité. Une chose que l’on peut déployer plus ou moins à sa guise, avec des plis qui s’ouvrent moins que d’autres, des images que l’on révèle ici et pas ailleurs, aujourd’hui mais pas demain. L’histoire d’une vie dessinée dans ses plis. Un éventail dont on se demande pourquoi les lamelles s’arrêtent là et pourquoi elles ne pourraient pas être plus grandes car on les dirait prêtes à s’étendre à l’infini. Une identité qui peut à souhait se fermer sur nos secrets ou bien les révéler. Et puis, dans un éventail, il y a cet endroit ou tout se rassemble, un rivet, un axe qui relie toutes les lamelles, tous les plis de l’éventail. Tout tourne autour de cet axe. Si on le démonte, il n’y a plus d’éventail. C’est par cet endroit qu’on tient l’éventail. Cet endroit de notre identité, ce serait peut-être… notre âme.
Je partirai donc de là. Si le mot « âme » vous gêne, mettez en un autre. Celui-ci a peut-être une connotation religieuse, mais ce qui m’intéresse c’est plutôt son lien avec le sacré. Car, en effet, je parle de cet endroit situé au plus profond de chacun de nous, cet endroit inaccessible à qui que ce soit d’autre que soi. Cet endroit intime situé peut-être quelque part au centre de la poitrine. Ce diamant inaltérable qu’aucun évènement ne peut modifier, ce moi, ce cœur, cette vie. Cet endroit qui, lorsqu’on le questionne donne toujours une réponse. Une réponse qui, si on veut bien l’entendre, apporte toujours la paix. Cet endroit, en ce qui me concerne, je l’appellerais Dieu. Mais si vous comprenez de quoi je parle, vous pouvez choisir le mot qui vous convient. Certains d’ailleurs l’appellent « le sans nom », car y mettre un mot, serait déjà le conceptualiser, l’intellectualiser, alors qu’il s’agit d’un éprouvé.
Les religions ne sont que les images dessinées sur nos éventails. En aucun cas elles ne sont son axe. Tout au plus parviennent-elles à y amener certains. D’autres resteront prisonniers des images pieuses.
Pour ceux qui ont la chance de pouvoir être par moments à ce niveau de profondeur d’être, il est une évidence, c’est qu’à ce niveau, il n’y a plus d’images. La représentation n’est plus questionnée. Il y a des personnes qui sont facilement à ce niveau de conscience, naturellement, spontanément et pour qui, les plis de l’éventail ne sont que manifestations éphémères de leur indispensable rapport au monde.
Pour descendre à ce niveau l’être humain éminemment socialisé a du trouvé des méthodes car il est communément prisonnier des plis de son éventail. Il a trouvé la prière, la méditation, la contemplation, l’art…
Je pose donc l’hypothèse que l’identité serait cet ensemble formé par une « âme » et une somme d’hérédités, d’expériences et de rêves. Et je placerais tout de suite une restriction à cela. Côtoyer quelquefois ce que nous appelons notre âme peut nous faire entrevoir qu’à ce niveau seul, l’identité n’est pas convoquée. Un tel niveau d’intimité nous fait rejoindre l’universel, nos soucis quotidiens n’y sont pas présents, l’Autre non plus.
Quelle est donc la place de notre âme dans notre identité ? Cette question n’est pas posée ici par pure rhétorique car, travailler en tant que thérapeute, c’est œuvrer avec l’identité d’un patient. Nous devons tenter d’en reconnaitre les contours… Pour cela, il est nécessaire de modéliser un tant soit peu cet ensemble complexe que nous appelons l’identité.
Personnellement, je le conçois en cinq niveaux que je peux regarder sur mon éventail. Le rivet, les lamelles non encore reliées par du papier, le papier, les dessins qui sont réalisés sur le papier et les prolongements imaginaires de ces lamelles et surfaces …
1/ Le rivet
Ce serait donc notre âme. La partie la plus intime et universelle à la fois. Ici, pas d’images, pas d’action, pas de pensée, pas de projets. Simplement le fait d’exister, être en vie.
2/ Les lamelles nues
Ce pourrait être l’ensemble de nos hérédités, les traces de nos ancêtres. Les potentiels avec lesquels nous arrivons au monde. Nos caractéristiques physiques, intellectuelles, émotionnelles. Ce pourrait être aussi l’inconscient, les inconscients collectifs ou ceux que d’autres appellent leurs fantômes. Certainement, cela concerne aussi notre structure psychique.
3/ Le papier
Ce papier pourrait représenter le support sur lequel va se dessiner l’histoire de notre vie. Ceci sur des concepts qui créent un fonds au dessin, un bain familial, culturel, linguistique, religieux, social, politique. Un environnement fait d’habitudes, de conventions, de présupposés, de traditions. Cet environnement peut avoir vécu une ou plusieurs situations d’une telle gravité (viol, maltraitance, abandon, exil) qu’elles y ont provoqué une véritable déchirure. Il ne sera pas possible à cet endroit de dessiner une histoire de vie tant que la déchirure n’aura pas été réparée.
4/ Les dessins
Les dessins de l’éventail vont, au fil des années venir raconter les enseignements, les apprentissages, les expériences, les drames, tous les évènements vécus jusqu’au jour d’aujourd’hui de cette histoire de vie.
5/ Les prolongements imaginaires
Cela représenterait l’avenir, les rêves, les projets, les objectifs d’une vie. En fait la réalisation de soi. Ces accomplissements qui motivent une existence. Nos rêves.
Alors, proposer une art-thérapie à quelqu’un ne serait-ce pas commencer par regarder les images qu’il a dessinées sur son éventail ? Enfin celles qu’il veut bien nous montrer. Au fil des séances découvrir de nouveaux plis… ? Au travers de ces images chercher à apercevoir la couleur et la texture du papier sur lequel elles sont dessinées, le support ? Arriver progressivement à ces « lamelles nues », continuer à descendre et toucher enfin à son « âme » ?
Il est important de descendre jusque-là. Toucher à cette dimension à la fois absolument intime, et universelle. En soi, cela ne soigne pas encore, mais cela apporte toujours une grande paix. De là, le patient peut remonter maintenant à travers tout le processus d’une histoire de vie. Il faudra repasser d’abord sur ces instances archaïques, héréditaires, culturelles, religieuses. Il faudra accepter la réalité d’un corps, d’un intellect, d’une sensibilité. Peut-être à ce moment d’une thérapie le patient devra être particulièrement soutenu car il sera peut-être confronté à des réalités qu’il avait soigneusement refoulées jusque-là. Il sera en présence de son potentiel et donc aussi, de ses limites. Il sera en présence des fondements de sa personnalité, de choses difficiles ou impossibles à changer, des deuils à faire.
De cette place inhabituelle il va pouvoir regarder l’environnement dans lequel il est né, dans lequel il a construit les évènements de son histoire de vie. Il va pouvoir évaluer comment il a utilisé ses potentiels. Et c’est là que l’art-thérapie commence à prendre tout son sens car l’exploration de l’histoire de vie a déjà été ébauchée, car c’est par cela que nous avons commencé. Mais maintenant l’heure n’est plus aux regrets, à la souffrance, mais à la création. La création d’une nouvelle vie.
A ce moment l’art-thérapeute va permettre au patient de poser un regard nouveau sur ses rêves, son idéal de vie, sa réalisation de soi, son idéal du Moi, ses désirs.
Ces rêves de vie, c’est ce que je décrivais tout à l’heure comme étant les prolongements possibles des images de l’éventail. C’est là que va maintenant se porter le regard du patient.
ART-THERAPIE METAPHORIQUE
LE CALISSON
« Calisson : Confiserie composée de pâte de fruit de melon confit et de purée d’amandes, posées sur un socle de pain azyme, nappée de glaçage royal et parfumée à la fleur d’oranger, spécialité d’Aix-en-Provence. Son prix est toujours élevé à cause des matières premières nobles qu’il contient et du travail qu’il demande. »
Cette confiserie pourrait-elle représenter une métaphore de nos relations amoureuses ?
Sa forme, évoquant une amande, se dessine par la zone de recouvrement de deux cercles.
Ces deux cercles d’une part, cette forme oblongue entre les deux, peuvent évoquer des symboles sexuels. Mais, à partir de là, nous pouvons évoquer plus précisément une relation amoureuse. Nous pouvons considérer que les deux cercles représentent deux personnes dans une relation amoureuse. La forme de calisson, représenterait ce qu’elles partagent, zone de recouvrement des deux personnalités.
Le melon confit, suave et régressif, pourrait symboliser les émotions, le sentiment amoureux, l’attention à l’autre, la tendresse. Les amandes, par la densité de leur texture, pourraient représenter le corps de la relation, le sexe, le plaisir corporel. Le fond en pain azyme représenterait les idées en commun, les gouts, les aversions, la culture, l’esprit, la complicité intellectuelle. Le glaçage venant recouvrir l’ensemble pour le protéger de l’extérieur, interface plus dure, blanche et craquante représenterait l’enveloppe d’un couple, ce qui l’identifie à l’extérieur en tant que tel. Le parfum de fleur d’oranger, entêtant s’il en est, serait certainement ce qui nous attire dans l’amour, nous le sentons avant de le voir, il nous fait rêver.
Cette métaphore invite à une réflexion sur ce qu’est un couple, ce qu’il a été, ce qu’il va devenir… Cette étude demanderait plusieurs volumes, dont de nombreux existent déjà. Nous poserons simplement quelques indications inspirées par cette métaphore du calisson.
Si l’amour est un calisson, soit. Est-ce une friandise ? Nous le souhaitons toujours mais quelquefois, on peut y trouver quelque fève bien amère. Pour atteindre son moelleux, il faut briser la glace. Les ingrédients de l’amour sont des matières premières nobles de grande qualité. Il faut les trouver, les cultiver, les protéger. Aimer, cela se travaille au jour le jour, avec plaisir et attention.
Le sentiment amoureux, c’est celui qui, assurément « nous donne le melon », tant le reste du monde nous semble dérisoire lorsqu’il nous envahi. Le goût du melon est précis, on ne le confond avec aucun autre fruit, avec sa touche d’acidité au milieu du jus sucré rafraichissant la bouche, ses évocations de soleil et d’été. Quelquefois, ce sentiment n’est pas également partagé dans sa force ou dans sa durée. Là commence les difficultés.
L’activité sexuelle, affirmons simplement que c’est l’intention première d’une relation, et nous serons plus détendus. Bien sûr qu’elle ne suffit pas à faire un couple, mais étant un des trois ingrédients de base de la recette, nous devons y être particulièrement attentifs. La purée d’amande c’est gras, c’est lourd, ça tient au corps. Il est tout à fait possible de la déguster seule, à la cuillère, mais au bout d’un moment, ça deviendrait presque écœurant. Nous avons pris l’habitude de la déguster accompagnée de quelque chose qui la sucre, qui l’allège, qui lui donne la précision dont on se souvient. Pourtant la littérature ne manque pas d’ouvrages démontrant que l’assemblage sexe / sentiment amoureux n’a pas toujours été une évidence, et qu’il ne l’est pas non plus aujourd’hui. Pour parler de sexe, il convient tout d’abord d’écarter le lourd rideau de la morale, tant son opacité poussiéreuse peut, et a pu, contraindre l’être humain à des comportements contre nature, pour tenter de retrouver ce que pourrait être une hypothétique « nature humaine ». Et nous trouverons très vite une multitude de « natures humaines ». Une étude des relations sexuelles et amoureuses dans différentes civilisations, époques, et continents montre une variété infinie, une créativité absolument sans limite.
La complicité intellectuelle, ce sont les goûts et les idées que nous partageons comme le socle de pain azyme soutient la friandise, l’image est suffisamment forte pour que nous y prêtions attention. J’ai le souvenir de générations passées où un jeune homme et une jeune fille qui se plaisaient commençaient leur relation par deux années de fiançailles. Deux années de fréquentation chaste sous la surveillance des parents. Deux années pour faire connaissance, c’est-à-dire pour se parler, pour construire ensemble ce socle de complicité sur tous les domaines de la vie qui concernerait plus tard le couple. Quelquefois, les fiançailles étaient rompues, faute de construire cette fondation. Evidemment, un couple était conçu pour la vie et il valait mieux bien se connaitre. Ce système n’est plus contemporain. La question n’est pas ici de le regretter ou de le moquer. La question est de constater le caractère indispensable de ce socle d’une relation amoureuse et comment il est pris en compte actuellement. Pendant ma génération de boomers, dopée par la généralisation de la contraception et les idées libertaires post soixante-huit, les relations commençaient immédiatement par la case sexe, la case sentiment venait ensuite nous piéger sans prévenir, la complicité semblait « aller de soi » et se révélait mince. Les réveils étaient douloureux. Ces solutions extrêmes existent encore parmi la multitude de solutions individuelles que chacun bricole aujourd’hui avec ses moyens.
Les trois ingrédients de cette friandise qu’on appelle l’amour, c’est-à-dire le sentiment, le sexe et la complicité représentent un équilibre. Un équilibre instable à créer et à maintenir en permanence car il n’est jamais acquis. La recette du calisson est précise, celle de l’amour… variable.
L’HUITRE
Extrait de « Le processus artistique en art-thérapie » Le creuset créatif
Un moment de création commence par une intention première : expérimenter une technique, exprimer une émotion ressentie, réaliser quelque chose de ses mains, reproduire une chose que l’on admire… Mais très vite, cette idée de départ va solliciter chez l’artiste certaines compétences, l’impliquer à des niveaux inattendus, s’ouvrir vers une multitude de possibilités et de contraintes. Quelquefois, le souvenir d’un évènement dramatique s’invite brutalement dans sa conscience. Peut-être cet élément plus marquant vient s’imposer à lui et un projet de forme apparait qu’il décide de fabriquer. Parmi les nombreuses choses qui le traversent dans ces moments, il accepte d’inclure certaines dans son œuvre. Il en refuse d’autres. Mais certains de ces éléments, qui l’ont traversé sans s’inclure, laissent peut-être une trace qui, plus tard, viendra à nouveau solliciter l’artiste. Il veut exprimer cette chose -là, la partager par son moyen artistique mais il est alerté du risque que ce mécanisme artistique provocateur puisse le pénétrer jusqu’à contacter à nouveau quelques souffrances. Il va alors mettre en place un moyen de défense particulier.
Il décide d’exprimer ses éprouvés mais ils seront amalgamés, enrobés par des éléments techniques, esthétiques, culturels qui les rendront émouvants mais polis, séduisants même. Ils seront présents mais sous forme d’évocations, de suggestions, d’allégories, de symboles, de métaphores… Par ce processus économique, l’artiste va tenter d’éviter le contact direct avec la souffrance dans un flirt dangereux, constamment remis en jeu. Le jeu consistera alors à s’en approcher à l’infini sans jamais l’atteindre vraiment, à entretenir par cette procédure l’illusion personnelle d’une maitrise de cet éprouvé. Eventuellement, l’élément traumatique d’un quelconque évènement, présent dans tous les assemblages, approchera de plus en plus de sa conscience.
Exprimer par un moyen artistique un éprouvé puissant permet de l’exprimer librement. C’est-à-dire sans explications à donner, sans justifications à fournir. L’artiste se met ainsi à l’abri des mots qu’il n’ose pas dévoiler. Il est à l’abri des mots trop pauvres, impuissants à dire la complexité de ses éprouvés. Il essaye un élément, puis un autre, conservant ceux-là et rejetant celui-ci, faisant souvent appel au hasard, à l’imprévu, sollicitant l’incontrôlable comme si la responsabilité était trop lourde… Que fait-il ? Il est en train de noyer cette ligne d’informations reliant l’œuvre en formation à l’évènement, de l’enrober dans cet espace. Il fabrique une forme destinée à contenir cet élément douloureux avec d’autres, l’amalgamer à d’autres éléments afin de le rendre moins aigüe.
Comme l’huitre, intrusée par un grain de sable, l’entoure progressivement de nacre afin de ne plus en être blessée jusqu’à fabriquer une perle, il va mêler ce signal douloureux à des éléments esthétiques actuels ou anciens. Il va amalgamer un certain nombre d’éléments qui ont un rapport avec le sujet, mais sans évidence. Il va créer des liens improbables, aléatoires. Il va essayer de nombreuses combinaisons jusqu’à en trouver une qui lui convienne. La matérialité de l’œuvre, la matière de son corps, des notes de musique, des couleurs, des mots va maintenir le lien avec la réalité. Il va arrêter son travail de fabrication d’une forme lorsqu’il aura le sentiment d’y avoir exprimer ce qu’il pouvait pour soulager sa rencontre avec l’indicible pulsion. Il va expulser ensuite cette forme sous l’aspect que l’on nommera alors, œuvre.
LA SOIF DU CHEVAL
Ma grand-mère était d’une grande sagesse. A ce titre, elle donnait volontiers un conseil à une personne de son entourage en difficulté. Il arrivait quelquefois que cette personne ne suive pas son conseil. Alors, elle commentait simplement : « On ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif ». Enfant, je comprenais seulement la sagesse de cet animal de référence, comparé aux humains qui buvaient sans soif, jusqu’à l’ivresse. Mais bien plus tard, lorsque j’enseignais la méthodologie de l’art-thérapie à mes étudiants, je répétais cette phrase pour expliquer qu’un thérapeute accompagne un patient, sans le forcer à prendre une direction qui semblerait nécessaire. Je mettais ainsi l’attention sur la difficulté d’aider une personne et l’humilité que cela demande, sur le fait que c’est le patient qui doit faire son propre travail de développement. Cet accompagnement est souvent ingrat. Nous pouvons estimer que les progrès ne sont pas assez rapides, pas suffisamment brillants, mais c’est pour nous rassurer au sujet de nos compétences. Le cheminement d’une introspection prend quelquefois beaucoup de temps.
Le plus patient des deux c’est souvent le thérapeute.
